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Journal d'une jeune Nord-Coréenne : entretien avec Antoine Coppola (Corée) posté le vendredi 21 décembre 2007 17:24

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Blog de lcroiset : Cinéma d'Asie  (et d'ailleurs), Journal d'une jeune Nord-Coréenne : entretien avec Antoine Coppola

«Un film de pure propagande», lit-on dans la presse pour évoquer la sortie du premier film nord-coréen en France, Journal d'une jeune Nord-Coréenne. Oui, mais pas seulement. Le cinéma de Corée du Nord a lui aussi son histoire. Rencontre avec le spécialiste du genre Antoine Coppola, cinéaste et enseignant, auteur de Le cinéma en Corée du Nord (sortie prochaine aux éditions de L'Harmattan).

  

Journal d'une jeune Nord-coréenne est bien le premier film nord-coréen distribué en France ?
Oui, pour la France, c'est une première. Les films nord-coréens circulent beaucoup plus dans les anciens pays du bloc communiste, comme la Tchécoslovaquie, la Pologne ou la Roumanie. La diffusion passe toujours par des accords diplomatiques. En 2001, une vingtaine de films nord-coréens ont circulé officiellement en Europe. Pour Journal d'une jeune Nord-Coréenne, il s'agit d'une diffusion commerciale. Un distributeur français, James Velaise a pris l'initiative d'acheter des films nord-coréens pour les diffuser en France. Ce film fut le plus grand succès du cinéma en Corée du Nord. Plus de 8 millions de spectateurs. Quand on connaît l'histoire du cinéma nord-coréen, on voit une certaine évolution naturaliste dans ce film. Quelque chose a changé.

 

Doit-on voir Journal d'une jeune Nord-coréenne comme un film de pure propagande ?
Il existe des films beaucoup plus forts au niveau de la propagande. Depuis les années 90, Kim Jong-il travaille sur un mélange de propagande et de sentimentalité. Il joue sur l'émotion, le quotidien, les détails. Il a publié des ouvrages sur l'histoire et l'esthétique du cinéma dans lesquels il demande aux réalisateurs de ne pas s'acharner sur les messages politiques. Dans les années 50-60, il y avait de grandes biographies historiques à la gloire des héros de la Corée du Nord. C'était souvent des films de guerre. Le quotidien passait au second plan. Kim Jong-il a commencé à installer un système de description de la vie quotidienne, en atténuant les messages politiques. Dans ce film-là, il y a une façon plus naturelle de montrer les choses que le réalisme socialiste avait un peu idéalisé dans les décors, les situations...Ce film semble moins chargé au niveau du message politique. On peut faire une double lecture du film et voir beaucoup de références par rapport à la Corée du sud, comme le thème de la famille (l'homme qui travaille trop, la famille en crise) ou l'importance accordée au football.

 

Existe-t-il une influence du cinéma sud-coréen sur le cinéma nord-coréen ?
Il y a une séparation totale. Il n'y a aucune diffusion des films de Corée du Sud au nord. L'influence se fait de manière indirecte. La direction du parti et du gouvernement ont accès aux films de Corée du Sud et même américains. En particulier Kim Jong-il. C'est un grand cinéphile qui écrit sur le cinéma, s'occupe de la réalisation des films, collabore aux scénarios, et choisit même les acteurs. A ce stade, ce n'est plus de la censure. Il s'agit bien d'une participation complète de quelqu'un qui aime le cinéma et veut y participer. Il observe beaucoup ce qui se passe dans le cinéma sud-coréen et reprend certaines thématiques pour les développer dans les studios de Pyongyang.

 

Quelle est la place du réalisateur en Corée du Nord ?
Il faut voir que l'on est dans un contexte de cinéma d'Etat. Tout le monde travaille pour l'Etat. On ne travaille pas pour soi-même. Certains réalisateurs sont devenus très célèbres en Corée du Nord. Ils font partie des favoris du régime. Le milieu du cinéma est bien traité. Le système est très intégré. Les écoles de cinéma existent depuis longtemps. Dès la création de la Corée du Nord, les studios de Pyongyang ont été équipés d'écoles, de techniciens, de réalisateurs, d'acteurs. On y accède par le biais d'un concours d'Etat. Jang In-Hak, le réalisateur du Journal d'une jeune nord-coréenne a reçu la médaille du mérite de la patrie pour ce film.

 

Ce film est-il novateur sur un plan esthétique ?
Dans ce film, il y a des effets de mouvement de caméra assez innovants en Corée du nord. Par exemple la scène de la cheminée. Il y a une discussion entre les jeunes hommes qui vont aider à reconstruire la cheminée. La caméra portée passe de l'un à l'autre, une sorte de caméra subjective, ce qui a l'air banal pour le cinéma occidental, mais est novateur dans le cinéma nord-coréen. Dans les scènes d'intérieur où on voit la jeune fille avec sa mère, il y a des prises de vue en lumière naturelle, des effets de contraste, de contre-jour. Normalement, le cinéma nord-coréen est tourné en studio et les intérieurs sont très calculés au niveau des lumières. Tout est assez léché. Là, on peut dire qu'il y a un côté bâclé, mais surtout un aspect naturaliste. Ca a vraiment été tourné très vite avec très peu de moyens. Il y a une volonté d'innover qu'il faut relativiser un peu. Ce n'est pas la Nouvelle vague du cinéma nord-coréen.

 

Quel impact ce film pourrait-il avoir en France ?
J'ai déjà eu l'occasion de présenter ce film lors d'une avant-première à Lyon. J'ai remarqué un grand intérêt de la part du public. Il s'agit plus d'une curiosité par rapport au pays. Très peu d'informations circulent sur la Corée du Nord. Après, il y a ceux qui ne connaissent pas le cinéma du réalisme socialiste des anciens pays du bloc communiste. Mais pour ceux qui n'ont jamais vu ce genre de films, j'avoue que ça doit être assez étrange...


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